Les TIC en classe offrent une multitude de possibilités et d’avantages que j’ai étayés dans mon billet précédent. Cependant, en tant que pédagogue, il est de mon devoir de mesurer les pours et les contres de l’intégration des TIC. En effet, il faut connaitre les limites de tout ce qu’on amène en classe, y compris les TIC. C’est pourquoi ce billet traitera des inconvénients de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication en classe, en commençant par la formation des enseignants, les ressources insuffisantes, le rôle de l’enseignant qui se modifie et s’alourdit, les possibilités pédagogiques qui peuvent être négligées, les logiciels pas vraiment éducatifs, pour terminer avec la pensée critique nécessaire (et négligée) chez les élèves pour utiliser les TIC.• La formation initiale et continue des enseignants pose problème, car elle est souvent insuffisante.
- « De nombreux gouvernements ont reconnu que leurs enseignants doivent bénéficier d’une formation initiale et continue pour acquérir les compétences techniques indispensables à l’utilisation des TIC et savoir comment les insérer efficacement dans leur pédagogie. Les TIC sont de plus en plus intégrées à la formation initiale des enseignants, bien qu’elles soient en concurrence avec d’autres priorités. » (OCDE, 2001, p.13) En effet, les enseignants préfère une formation en didactique ou en adaptation scolaire qu’une formation en intégration des TIC. Que ce soit à l’université ou en formation continue, les TIC passent bien souvent après d’autres priorités.
- Bien que les enseignants ont, pour la plupart, accès aux TIC, « en ce qui a trait à la maitrise d’outils pouvant être utilisés en salle de classe, ils ne se disent pas des utilisateurs chevronnés. » (Karsenti, cité dans Lefebvre, 2011) Ainsi, même avec LE cours universitaire de technologies offert aux étudiants en enseignement, ces derniers ne se sentent pas assez compétents pour les utiliser adéquatement ce qui influencera assurément leurs habitudes d’intégration des TIC dans leur future classe.
- « Mais il ne suffit pas que les enseignants sachent utiliser l’ordinateur, la formation continue doit également leur donner des outils pour mettre en place des activités pédagogiques. » (Schneider, 2007, p.13) Les formations offertes se concentrent souvent sur l’aspect technique, qui est bien nécessaire, mais l’aspect pédagogique de l’intégration des TIC est autant, sinon plus, important.
- « Sans investissement suffisant dans la formation des enseignants et l’élargissement des activités professionnelles, l’intégration des la technologie à l’école est vouée à l’échec. » (OCDE, 2001, p.17) On en conclu que, si les enseignants ne se font pas offrir des formations continues et pédagogiques sur les TIC, leur intégration échouera. En effet, sans formation, les enseignants n’auront pas les outils pour apporter les TIC dans leur classe.
• Les ressources humaines et financières ne sont pas suffisantes pour une intégration maximale des TIC en classe.
- « Les écoles doivent être parfaitement équipées et aidées pour utiliser les TIC. […] Une utilisation étendue et sophistiquée requiert des stations de travail plus nombreuses et une bande passante plus large. […] Un programme continu de rééquipement sera nécessaire pour pérenniser la qualité. » (OCDE, 2001, p.16) Les technologies évoluent très rapidement ce qui nécessite un renouvellement pour conserver une certaine qualité. D’ailleurs la qualité et la quantité actuelles dans les écoles ne sont pas suffisantes pour utiliser les TIC de façon optimale.
- « L’introduction des TIC à l'école doit avoir un coût humain très faible. Depuis le tout début de l'introduction des ordinateurs à l'école, les décideurs redoutent en effet qu'apparaisse la nécessité de faire appel à des informaticiens, de créer des emplois nouveaux et spécialisés, de la technique à l'application pédagogique.» (OCDE, 2001, p.17) En effet, l’utilisation fréquente des TIC requiert des spécialistes (techniciens en informatique) pour résoudre les problèmes qui nécessitent des compétences que les enseignants n’ont pas.
- « Les classes ne disposent pas d’autant d’ordinateurs que d’élèves et ces ordinateurs ne sont pas sur les pupitres des élèves. En général, il y a un ou plusieurs ordinateurs placés au fond ou dans un coin de la classe.» (Schneider, 2007, p.15) Cela rend difficile l’organisation de la classe et la supervision du travail à faire puisque ce n'est pas tout le monde qui fait la même chose en même temps.
- « Pour vivre des expériences virtuelles, l’école doit acquérir un équipement sophistiqué, mais où trouver l’argent? Puis, une fois que l’on a les outils, il faut en assurer le fonctionnement et la maintenance : par qui?» (Des Lierres, 2004, p.27) Cette citation montre bien le manque de ressources humaines et financières liées à l’intégration efficaces des TIC dans les classes.
• Le rôle de l’enseignant est très différent de ce qui est appliqué présentement dans les classes. L’intégration des TIC demande beaucoup de temps et de motivation de la part de l’enseignant ainsi que l’appui des commissions scolaires et des directions d’école.
- « L’appui des commissions scolaires et des directions d’école est alors crucial, ainsi que l’enthousiasme d’enseignants ou d’enseignantes » (Des Lierres, 2004, p.27) En effet, l’enseignant qui veut intégrer les TIC pourrait avoir besoin de certaines ressources qu’il doit demander à sa direction ou aux commissions scolaires. La collaboration de tout le système scolaire est nécessaire. Malheureusement, ce n'est pas tout le monde qui priorise l’intégration des TIC ce qui peut rendre la tâche difficile aux enseignants.
- « Le rôle de chef d’orchestre de l’environnement d’apprentissage enrichi par les TIC que doivent jouer les enseignants est plus exigeant. » (OCDE, 2001, p.17) L’organisation de la classe se modifie beaucoup avec l’intégration des TIC ce qui demande plus d’investissement et d’énergie de la part des enseignants.
- «Il faut également que l’enseignant soit motivé et intéressé par l’utilisation de l’ordinateur. En effet, la mise en place des TIC dans la classe demande un investissement important (temps, énergie, matériel, etc.). » (Schneider, 2007, p.13) En effet, un enseignant qui ne sera pas motivé et convaincu des apports de l’utilisation des TIC ne les intègrera pas étant donné l’investissement que cela requiert.
• Les TIC n’offrent pas que des apports par rapport à l’apprentissage, elles peuvent aussi nuire.
- Des possibilités peuvent être perdues ou négligées avec l’utilisation des TIC. Comme le mentionne McFarlane (cité dans OCDE, 2001, p.30), « les possibilités d’évaluation formative par le processus d’ébauche, de révision et de réécriture sont perdues, et les objectifs d’ordre supérieur rendus possibles par le traitement de texte et le multimédia sont négligés, comme s’ils n’avaient pas d’importance. »
- Les technologies offrent la possibilité d’agir comme béquille, c’est-à-dire que les élèves leur « fassent faire le travail à leur place, ce qui les dispenserait de réfléchir ou d’apprendre. » (Désilets, cité dans Lefebvre, 2011) Dans cet article, l’auteur parlait d’un correcticiel qui permet aux élèves de faire corriger leur texte approximativement sans travailler réellement. Il en va de même pour les élèves qui font du « copier-coller » constamment. Bien que l’on doive les sensibiliser aux droits d’auteur, cela ne les empêchera pas de faire le travail à moitié.
- Dans le même ordre d’idée, l’auteur ajoute que ces correcticiels « peuvent nuire au développement de l’autonomie des élèves, en ce sens que ces derniers ne deviendront jamais habiles à détecter leurs propres erreurs s’ils se fient continuellement à une machine pour le faire à leur place ». (Désilets, cité dans Lefebvre, 2011)
• Les programmes ne sont pas toujours adaptés et intéressants pour les enseignants et les élèves.
- « Comme peuvent en attester de nombreux enseignants, des produits a priori intéressants peuvent se révéler décevant en classe. » (OCDE, 2001, p.46) En effet, les enseignants reçoivent parfois de la bonne publicité sur des logiciels éducatifs. Cependant, rares sont ceux qui sont adaptés et intéressants pour l’application en classe.
- « Il arrive que les programmes contiennent un niveau excessif de « bugs » ou des systèmes de navigation peu conviviaux et que le contenu s’avère sans intérêt ou contienne des erreurs. » (OCDE, 2001, p.46) L’organisation de la classe demande déjà beaucoup d’énergie et d’attention des enseignants qui intègrent les TIC. Les logiciels qui « boguent » demandent une attention supplémentaire que l’enseignant peut ne pas être en mesure de fournir.
• L’intégration des TIC dans les classes demande une éducation critique aux médias qui est rarement bien faite dans les classes.
- Comme le mentionne Laberge et Roux (2004, p.22), « ce qui nous préoccupe ici, c’est que les jeunes sont gavés de messages, que ces images auditives et visuelles ont un attrait incontestable sur eux, mais que le recul réflexif nécessaire ne fait souvent pas partie de ce à quoi nous les initions, le jeune restant alors dans une zone floue à mi-chemin entre le réel et l’imaginaire. L’acquisition de règles morales et sociales s’avère souvent déficiente. »
Finalement, « dans ce domaine si mouvant, dont on se plaît à admirer le dynamisme et la rapidité d'évolution, nous disposons de très peu de moyens sûrs, stables et reconnus, pour suivre les évolutions techniques et organiser la réflexion sur les domaines d'utilisation. » (Collet, 2001) En effet, s’ajouteront aux problèmes que nous résolvons aujourd’hui les problèmes des programmes qui seront créés demain. L’évolution des technologies étant si rapide, il est presqu’impossible d’acquérir une assurance avec celles-ci puisqu’elles sont modifiées aussitôt. Cependant, est-ce que ces limites des TIC en classe sont suffisantes pour faire reculer les enseignants? Ou passeront-ils au travers en s’appuyant sur les apports vus dans mon billet précédent? Personnellement, mon opinion reste encore à faire…
Bibliographie
- OCDE (2001). Les nouvelles technologies à l’école : apprendre à changer. Paris.
- Collet (2001). « L’éducation nationale prend-elle la juste mesure des enjeux et des difficultés soulevées par les TIC? », Revue de l’EPI, n°102, juin 2001. [En ligne], http://www.epi.asso.fr/revue/102/ba2p049.htm (consulté le 19 mai 2011)
- Schneider (2007). L’utilisation des logiciels à l’école primaire. Université de Genève. [En ligne] http://tecfa.unige.ch/tecfa/maltt/memoire/Schneider07.pdf (consulté le 19 mai 2011)
- Laberge et Roux (2004). « Réel, virtuel : un équilibre à maintenir », Vie pédagogique, n°132, Septembre-Octobre 2004, [En ligne], http://www.viepedagogique.gouv.qc.ca/numeros/132/vp132.pdf (consulté le 18 mai 2011)
- Des Lierres (2004). « Là où technologie rime avec humanité et sentiments», Vie pédagogique, n°132, Septembre-Octobre 2004, [En ligne], http://www.viepedagogique.gouv.qc.ca/numeros/132/vp132.pdf (consulté le 18 mai 2011)
- Karsenti (2004). Les futurs enseignants du Québec sont-ils bien préparés à intégrer les TIC?. Dans Lefebvre (2011). Utilisation pédagogique des technologies. UQTR.
- Désilets (1998). Que penser de l’utilisation des logiciels correcteurs à l’école. Dans Lefebvre (2011). Utilisation pédagogique des technologies. UQTR.
- (Image) http://www.picto.qc.ca/indexpop.asp?nom=Indizzr1003&cat=Informatique_Divers&Couleur=1&NB=1&Anime=1&Flash=1
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